Les enjeux géostratégiques en Afghanistan
Sommaire
Petit aperçu de l’imbroglio afghan…………………………………………………………. Page 3
I- Un pays sujet de toutes les convoitises ………………………………………………. Page 5
A) Une position géostratégique en soi
1) Une région riche en hydrocarbures
2) L’eau : futur facteur de conflits ?
3) Les facteurs déstabilisateurs …………………………………………………. Page 6
B) Des ressources naturelles à fort potentiel déstabilisateur …………… Page 7
1) Des matières premières importantes
2) Des hydrocarbures encore insuffisamment explorés
3) L’opium : une alternative possible ?........................................................ Page 8
II- Quelles perspectives à l’heure actuelle ? …………………………………………….. Page 9
A) Un pays encore ancré dans l’archaïsme
1) Une économie structurellement rudimentaire
2) Un vide politique…………………………………………………………………. Page 10
3) Une société tribale
B) Quel avenir pour le terrorisme ?………………………………………………… Page 11
1) Le renouveau religieux
2) Le régime Taliban : un islam politique achevé ………………………. Page 12
3) Ingérence et interconnections régionales………………………………. Page 13
Bilan : entre rupture et continuité…………………………………………………………… Page 15
Bibliographie ………………………………………………………………………………………… Page 17
PETIT APERCU DE L’IMBROGLIO AFGHAN
Aussi bien dans sa campagne électorale que dans son discours d’investiture, le nouveau Président des Etats Unis, Barack Obama, a insisté sur sa volonté de terminer le travail en Afghanistan, entamé par le précédent chef de l’Etat George W. Bush.
En effet, suite aux attentats commis contre les tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, les Etats Unis pointent immédiatement du doigt Oussama Ben Laden, un saoudien ayant combattu aux côtés des moudjahidin lors de l’invasion soviétique en Afghanistan, et devenu leader du groupe islamiste Al-Qaïda.
Un mois plus tard, en octobre, est déclenchée l’opération « enduring freedom » (paix immuable), qui dure tout au plus deux semaines : mis à part le Mollah Omar, aucun leader islamiste n’a été capturé, la plupart s’étant cachée ou enfuit. Oussama Ben Laden devient l’homme le plus recherché du Monde.
Or, il ne faut pas oublier que depuis le départ des communistes en 1992, une guerre civile entre factions moudjahidin, divisées selon des critères religieux, ethniques et régionaux, dont les principales sont celle du Commandant Massoud, le Front Uni du Nord, et celle des Talibans islamistes, a achevé de dévasté le territoire afghan.
Quatre ans plus tard, les Talibans prennent le pouvoir et le Mollah Omar dirige alors le pays, sans aucune légitimité constitutionnelle, ni politique. Une dictature religieuse est alors établie. Les relations avec l’extérieur cessent, à l’exception de celles avec le voisin pakistanais. La dictature ne durera pas plus de six années.
Mais depuis 2002, c’est une situation chaotique que connaît le pays : le retour des Talibans dans la société afghane, le désintérêt international (du fait de la guerre en Irak qui mobilise la communauté internationale toute entière depuis 2003), le problème de l’opium, utilisé comme source de financement du terrorisme, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer, en partie, ce redoublement d’intérêt du quarante-quatrième président des Etats Unis pour le pays.
Seulement, n’ont été cités que les faits les plus récents, car, l’Afghanistan est objet de convoitise depuis bien des années.
Effectivement, depuis sa création en 1747, sous le règne du Pashtoun Ahmad Khan, l’instabilité politique est une constante, talon d’Achille qui laisse présager aux grandes puissances mondiales que le pays sera alors facile à assujettir.
Ainsi, dès le dix-neuvième siècle, une guerre oppose le Royaume Uni à la Russie, le premier redoutant les velléités expansionnistes du second. Ce « Grand Jeu » durera jusque dans les années 1920, sans qu’aucun des deux protagonistes n’ait mis la main sur le pays, lui ayant même accordé l’autonomie en 1907.
Et en 1929, alors que le royaume afghan vient d’être fondé, le régime des musulmans traditionnalistes mènent le pays à l’anarchie. L’URSS en profite dès alors en signant un Traité de neutralité, en cas d’attaque de l’un des deux contractants.
Pour autant, l’Union Soviétique se le tient pour dit, l’Afghanistan fait partie de sa chasse gardée et malgré la neutralité du pays pendant les deux guerres mondiales, il se tournera dès les années 1950 vers l’Union Soviétique, qui lui procure aide économique et soutient politique.
En 1979, en pleine période de guerre froide, l’URSS envahit l’Afghanistan et quelques en aient été les motivations, les conséquences sur l’échiquier international conduiront à une nouvelle architecture mondiale.
Quoiqu’il en soit, l’échec phénoménal de cette intervention, a laissé place à une nouvelle situation chaotique, présidée par une décennie de guerre civile.
Mais si nombreux furent les Etats à lorgner sur l’enclave afghane, en dehors des Etats Unis, de la Russie et de la Grande Bretagne bien entendu, c’est bien qu’un intérêt particulier s’y cache. Il s’agit en réalité de sa situation conjoncturelle, il faut entendre par là, sa situation géographique, son climat, ses ressources, ses spécificités culturelles, ethniques, religieuses, et surtout la découverte de gisements d’hydrocarbures dans la zone. Et ce fait, le poids potentiel que le pays peut acquérir. On parle alors de situation géostratégique.
Dans l’expectative d’en déceler les principales caractéristiques, il s’agira tout d’abord d’étudier la valeur de sa position géographique au sein de la région et des ressources énergétiques et naturelles qui en découlent. Ce n’est qu’ensuite qu’il sera possible d’analyser la situation actuelle, à savoir le retard global de la société afghane sur le reste du monde, et le terrorisme dont elle est devenue un des principaux foyers.
I- Un pays sujets de toutes les convoitises
Tant par sa situation centrale au sein d’une région clairement stratégique, du fait de sa topographie et des importantes ressources énergétiques des quatre Républiques ex-soviétiques d’Asie centrale, que par ses ressources propres le pays est stratégiquement crucial pour qui se le tiendra pour allié.
A) Une position géostratégique en soi
1) Une région riche en hydrocarbures
Situé à mi-chemin entre l’Asie du Sud-est et l’Asie centrale, l’Afghanistan est bordé par 6 pays, dont trois républiques ex-soviétiques: le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan au Nord, à l’extrême Nord-Est, il possède une frontière avec la Chine ainsi qu’avec le Pakistan à l’Est et l’Iran à l’Ouest.
Or, la région d’Asie centrale est potentiellement plus riche en matières premières que le Moyen Orient. En effet, parmi les plus importantes ressources en gaz naturel, le Turkménistan ne reste pas moins sous emprise russe pour ce qui est du contrôle des oléoducs. De la même façon, l’Ouzbékistan, septième plus grand producteur mondial de pétrole, regorge aussi de gaz naturel, de charbon, de cuivre, d’argent et d’uranium.
En revanche, le Tadjikistan, malgré ses productions de coton et d’aluminium, manque grandement de ressources naturelles, ce qui explique probablement des relations moins proches avec le voisin russe, qui n’a en tête que de contrôler le processus d’acheminement des hydrocarbures.
Alors, bien sûr si l’on étend légèrement les limites de la région jusqu’au Kazakhstan, le Turkménistan ou le Kirghizstan alors la position centrale de l’Afghanistan dans une telle région en ressort d’autant plus. Ainsi, le Kazakhstan avec 30% des réserves d’uranium, d’importantes quantités de zinc, de fer ou de chrome, et étant dans les dix premiers producteurs d’or, de pétrole de gaz naturel, c’est un pays crucial aussi bien pour le frontalier russe que pour des pays comme l’Afghanistan, qui non seulement en a besoin, mais surtout, pourrait, avec un éventuel transit de ces ressources vers l’Europe, jouir des contreparties douanières, et s’approvisionner au passage. Seulement, comme pour toutes les anciennes républiques soviétiques, les infrastructures de raffinage et de transport des ressources naturelles ne sont pas encore assez développées pour se détourner des russes.
Dans une même logique, si l’on regarde à l’est, on note immédiatement le contraste, la Chine étant très pauvre en hydrocarbures, en richesses naturelles de manière plus générale, et de même pour le Pakistan et l’Inde. Sauf que ces derniers restent quand même les seuls pays de la région détenteurs de la bombe nucléaire.
Autant de pressions auxquelles l’Afghanistan est soumis, aussi bien géographiquement que politiquement, bien qu’indirectement, puisque encore insignifiant à ce niveau là.
2) L’eau: future facteur de conflits?
Puis, c’est un pays dont les trois quarts de la surface sont constituées de reliefs montagneux, avec pour seules zones de basse terres, les vallées fluviales du Nord (Bassin de l’Amou Daria) et quelques régions désertiques au Sud (Registan).
Et bien qu’extrêmement désertique l’Afghanistan est arrosé par quatre cours d’eau, dont trois le relient directement à ses voisins : l’Amou Daria, au long de la frontière Nord avec le Tadjikistan, le Kabul Rud, affluent de l’Indus, lequel traverse aussi le Pakistan et l’Inde, le Helmand, plus long fleuve du pays, et enfin, le Hari Rud. Or, à une heure où l’eau est un enjeu mondial, il est évident que le pays prend de fait toute son importance. Plus précisément, un massif comme celui du Hindou-Kouch que plus de 7000 mètres d’altitude, contient apparemment plusieurs milliards de mètres cubes d’eau gelée sous forme de neige éternelle, et ainsi, source d’une dizaine de fleuves. Il faut en déduire que les problèmes cruels de sécheresse ne peuvent être dûs qu’à une irrigation pas encore assez développée, en dépit des nombreuses infrastructures construites ou financées dans le passé par les soviétiques.
Mais cela laisse alors présager un possible conflit pour l’eau, à l’image de ce qui se passe entre Israël et Palestine pour la vallée du Jourdain notamment. Surtout qu’à l’époque où les cinq Républiques d’Asie centrale étaient encore sous domination soviétique, l’URSS avait fait en sorte de créer des petits Etats gorgés d’eau (Tadjikistan, Kirghizstan) et placer les barrages aux portes d’Etats riches en autres ressources (l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Turkménistan), imbriquant par là les intérêts respectifs, comme ils ont pu le faire dans le Caucase entre Arménie et Azerbaïdjan.
Qui plus est, l’assèchement progressif de la Mer d’Aral, qui a perdu les trois quarts de son volume depuis les années soixante, où aboutissent les deux principaux fleuves de la région, à savoir l’Amou-Daria et le Syr-Daria, n’est que facteur aggravant qui pousse à regarder davantage du côté de la Mer Caspienne.
Surtout que celle-ci rentre aussi dans l’aspect géostratégique de l’Afghanistan et de la région puisque renfermant entre 2% et 6% des réserves mondiales de pétrole et près de 6% des réserves mondiales de gaz, et qu’elle constitue déjà un sujet de bisbille au sujet de son statut juridique - lac ou mer - déterminant de la logique de partage des richesse des Etats riverains, parmi lesquels se trouvent Turkménistan, Kazakhstan et Iran, trois Etats riverains de l’Afghanistan. Et ce n’est pas anodinement que le sujet est abordé, puisqu’à l’étude d’une carte d’oléoducs et de gazoducs de la région l’on note que plusieurs projets sont à l’étude, et parmi eux, deux projets de gazoducs, un d’oléoduc, passant par l’Afghanistan. Géostratégique, c’est certain, géopolitique d’autant plus.
D’un point de vue plus économique, il en découle une impossibilité de développement de l’agriculture, rendant ainsi, chacun des pays de la région plus dépendant des ressources et des dispositifs d’évacuation des hydrocarbures, seule richesse restante, encore que, il faudrait pour cela y consacrer une part importante de l’eau normalement destinée aux populations.
3) Les facteurs déstabilisateurs
En terme de climat, il apparaît que la disparité est une norme, aussi bien entre régions qu’entre les différentes périodes de l’année. Par exemple, de près de 40°c en été en moyenne, la température peut atteindre les 50°c dans les vallées enclavées du sud. De la même façon, les températures peuvent chuter à -9°c en hiver en montagne, en fonction de l’altitude bien entendu. Ce fut d’ailleurs un facteur déterminant dans l’échec de l’invasion des soviétiques en 1979, combiné aux obstacles montagneux et à la meilleure connaissance du territoire des autochtones, en l’occurrence, à l’époque, les moudjahidin.
Enfin, le facteur humain rentre dans une même logique d’imbrication, le pays étant constitué à 40% de pashtouns (qui détiennent le pouvoir), 25% de Tadjiks, 20% d’Hazaras, 5% d’Ouzbeks, des Ouïgours lesquelles ne sont que les principales communautés. Autant de peuples présents aussi au Pakistan (Pashtouns), au Tadjikistan, en Irak (Hazaras chiites), en Ouzbékistan et en Chine (Ouïgours), et qui, s’ils n’existait pas de régime fort dans la région, en arriveraient tous à des revendications indépendantistes. Ce qui constitue alors un autre facteur de pression concernant les approvisionnement et transport des ressources, utilisable par chacun des Etats voisins.
Au vu de tous ces éléments, il apparaît que l’imbrication constitue une obstacle majeur, aussi bien sur le plan des ressources énergétiques, comme cela été dit notamment pour la question hydraulique, que sur le plan des populations, ce qui, aggravé par l’enclavement de la région, empêche toute avancée positive de l’Etat afghan, dépourvu des atouts de ses voisins et par là, zone d’ombre qui ne cesse de s’obscurcir avec l’enchaînement des guerres qu’il a connu. Pourtant, des ressources il en possède, bien qu’en moindre quantité, mais malheureusement utilisées comme « fonds suzerains » de la guerre actuelle.
B) Des ressources à fort potentiel destabilisateur
1) Des matières premières importantes
L’Afghanistan dispose d’importantes réserves de charbon, capables, s’il n’était pas exploité de manière rudimentaire, de le rendre autosuffisant sur le plan énergétique, mais à une heure où le développement durable devient stratégie de développement, celui-ci semble être plutôt inapproprié dans une perspective de développement économique.
Puis, les hautes montagnes présentent la particularité d’être des bassins de métaux, aussi bien de plomb, que de zinc, mais aussi d’étain, de fer ou de cuivre. D’ailleurs, la mine de cuivre Aïnak, supposée être parmi les plus pures du monde, avec un taux de teneur en cuivre de près de 60%, est l’objet de nombreux appels d’offre des compagnies chinoises, telles que la Chine Metallurgical Group, moyennant la construction de toutes les infrastructures nécessaires à son exploitation (centrale électrique, chemin de fer, usine de transformation). De la même façon, le fer porte un potentiel important avec lui, mais au vu de la situation actuelle, il n’est toujours pas d’actualité. Pour ce qui est des gisements d’or, il semblerait qu’ils soient plus importants qu’ils n’y paraissent, bien qu’encore trop sous explorés pour devenir un secteur consistant.
Autant de métaux qui pourraient devenir très intéressants pour le développement économique du pays et un accroissement de son potentiel stratégique dans la région, une fois le processus d’exploitation enclenché, ce qui ne s’inscrit pour l’instant pas dans un avenir proche.
En revanche, ce que possède l’Afghanistan que ne possèdent pas ses voisins, ce sont les pierres précieuses, présentes en grande quantités, à l’exception peut être du diamant. Il est par exemple la première source de lapis-lazuli du monde, signe de richesse déjà à l’Antiquité, et utilisé, avec l’émeraude, comme source de financement de la guerre menée par le Commandant Massoud lors de l’invasion soviétique. Mais s’y trouvent aussi de grandes quantités de saphir et rubis, très utilisés dans le secteur de l’orfèvrerie. Premier rang donc, dans un secteur à très forte valeur ajoutée. Or, jusqu’à présent il n’est aucun groupe diamantaire, tels que pour propulser le secteur, ce qui permettrait peut être d’enclencher un important brassage de fonds.
2) Des hydrocarbures encore insuffisamment explorés
Quant à ses ressources en gaz naturel aussi, elles sont pour le moins très importantes, son exploitation ayant même commencé dans les années quarante, et aujourd’hui estimées à près de 2500 milliards de m3, et peut être même plus, l’exploration n’ayant pas été achevée. Pour ce qui est du pétrole, c’est justement parce qu’il n’en a pas qu’il est important pour les puissance extérieures de jouer sur sa neutralité : construction d’oléoducs pour approvisionner un pays qui en a besoin (raison officielle), pour détenir des parts majoritaires du point de vue extérieur (raison officieuse)
Par ailleurs, fin 1997, un accord entre les talibans au pouvoir, et la compagnie américaine UNOCAL (collaborant avec la DELTAOIL saoudienne) pour la construction d’un gazoduc partant du Turkménistan, passant par l’Afghanistan et aboutissant au Pakistan. Mais suite aux missiles de croisières envoyés par les américains sur l’Afghanistan en août 1998 en réponse aux attentats sur les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie, avec comme principaux suspects les membres d’Al Qaida, le projet sera abandonné. De la même manière, le projet de construction d’un oléoduc devant acheminer le pétrole de la Caspienne au Pakistan en passant par l’Afghanistan a dû être abandonné faute de stabilité.
Egalement, en mai 2002, un accord entre le Turkménistan, le Pakistan et l’Afghanistan avait été signé pour la construction d’un gazoduc de près de 1500 kilomètres de long, avec même, des projets de participation du voisin indien, mais une fois encore la réticence des investisseurs face à l’instabilité du territoire afghan ont miné tout aboutissement, la question du financement ayant constitué l’obstacle majeur.
Mais ces fonds manquant, aucune exploration du territoire ne peut être menée car beaucoup trop onéreuse pour un pays montagneux tel que l’est l’Afghanistan. Et d’autant plus, avec le facteur de l’insécurité ; en effet si un oléoduc venait à être construit, il passerait par le Sud du pays vers le Pakistan, et devrait ainsi traverser l’aire contrôlée par le Talibans actuellement, lesquels ne laisseront certainement pas leur pays devenir « un point d’appui »pour la région. Cercle, malheureusement, vicieux.
Pourtant, c’est bien le pétrole qui a dicté les actions du gouvernement américain depuis plusieurs décennies dans ces régions. Ainsi, en Décembre 1997, le Conseil de la Sécurité Nationale faisait un rapport confirmant ce fait : "We will continue to be involved in regions that control scarce resources, such as the Middle East and the emerging Caspian Sea areas for oil." Et justement dans une logique d’opposition que la Russie et la Chine étaient si déterminées à intégrer le Kirghizstan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan dans l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai), ces pays ayant suffisamment de réserves pour approvisionner les Etats Unis pendant trente ans.
3) L’opium : une alternative possible ?
Reste qu’en étant premier pays producteur d’opium avec 93% des ressources mondiales, l ‘Afghanistan est sujet de toutes les préoccupations. A tel point que l’on parle aujourd’hui de « OPE economy », désignant par là le processus de production et commerce de drogues illicites dérivées de l’opium, constituant alors un des aspects de l’économie informelle, laquelle englobe de multiples activités.
Puis, dans un pays aujourd’hui premier producteur d’opium au monde avec 130 mille hectares de surface cultivée en 2004, l’argent de la drogue qui en découle devient un point crucial dès lors qu’il est utilisé par les talibans. En effet pédant la période où ils étaient au pouvoir, 14 provinces étaient réservées à la culture de l’opium. Aujourd’hui, ce sont 30 provinces qui sont concernées.
D’autant que la culture de l’opium est une culture intensive et nécessitant peu de fonds, tout en employant beaucoup de main d’œuvre. Surtout qu’avec vingt ans de guerre ayant détruit tant les canaux d’irrigation que les routes ou les terres cultivables, l’opium, parce que facile à stocker, facilement transportable et durable, devient de fait nettement plus intéressant pour un agriculteur que toute autre culture.
Ainsi, en 2006, on estime à trois milliards de dollars la valeur potentielle de la récolte, soit déjà plus élevée que les 2,7 milliards de 2005. Soit encore, une valeur ajoutée de 53% du PIB en 2007 (7,5 milliards de dollars) .
Mais le plus grand problème aujourd’hui est que l’opium est devenue source de financement des insurgés islamistes, qui le revendent sous forme pure ou raffinée (héroïne) pour payer l’importations d’armes, en provenance du Pakistan principalement.
Or, avec un partage tel que celui qui est effectué – 25% pour les agriculteurs, 75% pour les trafiquants - c’est ainsi un des business les plus profitables du monde, rémunérant aussi bien les agriculteurs, que les trafiquants, que les professionnels à la tête de raffineries, que les services de sécurité protégeant le réseau.
D’ailleurs, depuis 2001, donc depuis l’arrivée des troupes américaines, et internationales plus tard, la production d’opium a significativement augmenté, et l’insécurité avec.
Et ce n’est pas anodin si le contrôle exercé par les Talibans sur la région se situe le long de la frontière pakistanaise, autour d’Helmand et de Kandahar, la région étant le cœur du trafic de drogue et ainsi, refuge de tous les groupes criminels du pays.
Or, au vu des éléments cités plus haut, à savoir, la sécheresse, le manque d’infrastructures, la mauvaise utilisation de l’irrigation, le tout combiné à la guerre civile qui habite le pays depuis maintenant sept ans, il est peu probable que la communauté internationale parvienne à une alternative viable pour le pays et sa population.
Existe-il vraiment un secteur aussi rémunérateur que le secteur informel afghan ? Il y a t-il réellement un produit aussi rentable qu’il représente 60% du PIB licite, 10% des terres cultivables et 90% de la production mondiale ? Même le trafic mondial qui représente 5% du PIB mondial n’est pas comparable aux 90% de l’économie informelle que représente la production et le trafic d’opium.
Alors à moins que plusieurs oléoducs et gazoducs transitent enfin par l’Afghanistan, à moins qu’un système modernisé d’irrigation soit mis en œuvre, à moins qu’une mise en valeur des ressources existantes sur le territoire n’ait lieu, la culture de l’opium continuera d’être aussi importante aux yeux de ses ressortissants et continuera de les soumettre au monopole des Talibans.
II- Quelles perspectives à l’heure actuelle?
A) Un pays encore ancré dans l’archaïsme
1) Une économie structurellement rudimentaire
Avec 48% des revenus du PIB assurés par l’agriculture et seulement 21,3% pour l’industrie, et 30,2% pour les services, l’économie afghane est structurellement rudimentaire parce que de rente.
Ainsi, on est face à une économie couverte à 51% par l’aide internationale, contrôle à seulement 22% par le gouvernement central.
Caractéristique d’un PMA, le pays importe biens d’équipements et de consommations (environ 70% des importations), 90% de ses exportations étant composées de biens alimentaires et textiles.
Déversant près de 50% de sa production à l’Inde et au Pakistan, les pays développés restent parmi ses principaux fournisseurs.
Budget « externe » (géré par les donateurs) (54,5% du PIB), marqué par un ratio de décaissement insuffisant, imputable aux capacités limitées de mise en œuvre des administrations ainsi qu’à l’insécurité.
Puis, le recours au troc est un réflexe quotidien, en particulier autour du secteur illicite : vente d’armes en provenance du Pakistan, vente de drogue en échange
Il s’agit donc d’une économie très peu voire pas du tout insérée au sein du système mondial, dont le besoin de diversification est urgent et qui pourrait, si la corruption et le manque de formation et d’infrastructures se résolvaient, pourrait commencer à remonter la pente progressivement. Mais ce n’est pas encore d’actualité.
Et pourtant c’est un pays plutôt bien inséré dans la région, puisqu’il commerce aussi bien avec l’Inde, qu’avec l’Arabie Saoudite, ou en encore, avec l’Iran, mais n’ayant pas assez de fonds licites pour importer les biens nécessaires à revitaliser son économie (machines pour les usines, pour l’agriculture, matériaux de construction pour des infrastructures de transports), il se s’agit plus de commerce mais d’exploitation des ressources.
Résultat, seule 6% de la population a accès à l’électricité, même en ville où elle est souvent coupée ; il en est de même pour l’eau. Les deux tiers de la population sont analphabètes. L’espérance de vie est toujours de 44 ans. La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
Cercle vicieux ? Sans nul doute. Sans diversification de l’économie, pas de perspective de nouveaux revenus, pas de fonds suffisants pour la construction d’infrastructures, pas de possibilité de former, soigner la population, ni de résoudre le problème du chômage endémique. Ainsi, pas de possibilité de convaincre les populations de se détourner de la culture de l’opium, impossibilité de changer les mentalités, impossibilité de passer des conflits tribaux à des conflits de partis politiques. Seule facteur sûr, la fragilité et le pillage intra territorial.
2) Un vide politique
Alors à moins que les autorités politiques, il faut entendre par là en l’occurrence, le chef de l’Etat Hamid Karzaï, ne reprennent le pays en main, les richesses potentielles que le pays présente seront perdues.
Or, un simple coup d’œil sur le passé de l’Etat afghan permet de voir qu’il assez tumultueux, traversé de guerres et de conflits internes, avec des changements constant de régimes. L’on peut citer les exemples des guerres de 1840, 1870 ou 1919 entre l’URSS et le Royaume Uni, ce dernier voulant empêcher l’Union soviétique de pouvoir, via l’Afghanistan, accéder aux mers chaudes, ce qui aurait été une menace son l’Empire des Indes. Ou encore, le passage d’une monarchie, à sa variante constitutionnelle en 1964, et à une République démocratique d’Afghanistan en 1978, soit trois types de régimes en un peu plus de vingt ans. Toutefois, il est une variable qui s’inscrit dans la constance, c’est l’incapacité du gouvernement central à contrôler les alentours de Kaboul. Et ceci a une raison simple : d’abord parce qu’il s’agit d’un Etat fédéral et donc avec une plus grande autonomie des provinces envers Kaboul, ensuite parce qu’au départ des soviétiques en 1989, l’autonomie des Etats est devenue anarchique avec la chute du gouvernement central. Et depuis, avec l’absence de pouvoir politique, le non respect de la Constitution de 1964 par les Talibans et l’enfoncement de la guerre civile, le phénomène n’a fait que s’aggraver.
D’ailleurs, lorsque les Talibans étaient au pouvoir, les gouvernements locaux acquirent de plus en plus d’autonomie, exploitant les ressources naturelles, produisant et vendant de la drogue, collectant les taxes routières, taxes douanières et empêchant ainsi au gouvernemental de contrôler ne serait-ce qu’une infime partie des provinces du pays.
S’y ajoute aussi le fait que, parce que jamais colonisé, il n’y a pas eu d’impulsion politique de pays déjà développés sur le plan politique, ici en l’occurrence, les puissances impériales. Et la domination soviétique n’a pas été sans aggraver le phénomène, dont la pesanteur de la bureaucratie et la centralisation démocratique ont été en grande partie à l’origine de la chute de l’URSS elle même, faisant de la conjoncture politique des pays d’Asie centrale, Afghanistan compris, des résultats directs de ce système. D’où de telles similitudes avec la Fédération de Russie à l’échelle purement politique. A l’exception du fait que l’Afghanistan est le seul des Etats à ne pas être dirigé par un pouvoir fort. La tentation de dévier vers la polémique sur les bienfaits des dictatures sur le décollage économique d’un pays est donc forte. Mais ce serait ici inapproprié. Mieux vaudrait y trouver des alternatives sociales.
3) Une société tribale
Malgré l’imbrication des minorités du pays, la notion de nation était déjà assimilée depuis 1747, expliquant peut être que ne s’y soit pas produite de guerre interethnique comme en Ex-Yougoslavie.
Même si bien sûr les grandes puissances telles que la Russie et le Royaume Uni aient cherché à jouer sur ce facteur déstabilisateur. Et aujourd’hui l’histoire se répète avec la fomentation du guerre civile à laquelle les Etats Unis ont opéré, de la même façon qu’ils ont pu le faire en Irak d’ailleurs. Sauf que contrairement à l’Irak, l’Afghanistan a toujours, ou presque, été gouverné par des Pashtouns, dont la dimension majoritaire est aujourd’hui remise en cause. Et si tous les Talibans sont Pashtouns, pas tous les Pashtouns sont Talibans, créant alors de fortes dissensions entre Pashtouns, ce qui n’est pas sans compliquer les conflits tribaux, notamment entre Pashtouns et Hazaras, traditionnelle lutte sunnites - chiites. C’est ainsi sur ce point que les Etats Unis ont joué, ce qu’ils n’auraient pas pu faire si un décollage du pays avait eu lieu, sans revenir à l’équation « croissance + changement des mentalités= développement ». En effet, sans aller plus loin que du côté de l’Ouzbékistan, il apparaît rapidement que la dictature a su écraser les conflits tribaux pouvant se révéler dangereux pour la survie de l’Etat, de même qu’assurer une plutôt bonne gestion des ressources nationales. Ainsi, bien que sous pression russe concernant particulièrement l’acheminement de ses ressources, le pays est aujourd’hui maître de son destin, ce qui n’est certainement pas le cas afghan.
Alors bien sûr la cas du Liban serait susceptible de contredire les propos avancés ici puisque développé et multiethnique. Mais à quel prix ? Le Liban est aujourd’hui un Afghanistan développé, criblé de guerres tant internes que le fruit de présences et pressions extérieures. D’autant plus que l’Afghanistan a l’atout énergétique et « agricole ».
A en croire les différents arguments présentés plus haut, il semblerait que la logique tutélaire soit la plus appropriée, contrairement à ce qu’à pu proposer Barack Obama. Bien qu’il soit évident que l’islamisme politisé et conflits d’intérêts stratégiques des puissances étrangères n’en disparaîtront pas pour autant.
B) Quel avenir pour le terrorisme ?
1) Le renouveau religieux
Ce renouveau religieux en Asie centrale de manière plus générale est le fruit de plusieurs facteurs.
Tout d’abord, il faut se remettre en mémoire que sous domination soviétique, toute manifestation de la religion était interdite, au nom de la laïque idéologie marxiste-léniniste. Ainsi, lorsque l’URSS implose, c’est un vide idéologique qu’elle laisse à sa frontière, laissant place aux représentants de tous types de doctrines idéologiques qui, le plus souvent s’éloignaient de l’essence religieuse islamique elle même.
Mais ceci a aussi été possible car il n’y avait alors pas de personnalités religieuses réellement ancrées dans les sciences et littératures religieuses.
De ce fait, la région présente le paradoxe qui est que l’islamisme n’y est en fait que réaction à la sécularisation des communautés musulmanes. Par conséquent l’islamisme n’y est même pas dérive extrémiste de la religion musulmane puisque déformatrice, jusqu’à aller parfois contre les principes du Coran. Rien qu’à lire quelques versets du Coran, l’on n’y voit certainement pas une obligation pour les femmes telles qu’elle est portée en Afghanistan sous emprise talibane. En effet, dans le verset 59 de la sourate XXXIII, le port de la « mante » distingue la femme libre des femmes de rang inférieur, et le choix se pose entre la câpe et de tenir le pan de la mante serré. En aucun cas on n’y parle de burqa recouvrant la totalité du corps jusqu’au visage, ni n’y est suggérée son obligation. Quant au verset 31 de la Sourate XXIV, ce n’est qu’appel à la pudeur, incitant à cacher les agréments provocateurs, dont le visage ne fait pas partie. C’est dire la dérive « religieuse » à laquelle sont arrivés ces mouvements fondamentalistes.
Or, pour imposer « leur » islam aux séculaires, il fallait rallier religion et politique. D’où cette volonté des islamistes radicaux de changer les régimes constitutionnellement, quand bien même cela nécessiterait l’usage de la violence, pour pouvoir enfin affirmer le pouvoir religieux au sein de la sphère politique. Ils entament alors un processus de réislamisation, en construisant plus de mosquées, en attirant plus d’élèves dans les établissements religieux ou encore en diffusant des informations sur les normes et valeurs de l’islam.
Le pouvoir politique se trouve dès alors totalement désavoué, tout autant que le « pouvoir » religieux traditionnel d’ailleurs (la région étant majoritairement sunnite, il en découle une impossibilité de parler d’autorité religieuse).
Toutefois les courants islamistes ne datent pas de la chute de l’Union Soviétique, puisque déjà sous emprise soviétique, les courants islamistes extérieurs exerçaient une influence sur l’islam officieusement pratiqué.
Des preuves affirmant que ces groupuscules étaient financés par l’Arabie Saoudite ont été fournies. Or, les relations entre le Royaume Seoud et Moscou étaient, depuis les années soixante-dix, très appréciables. Ainsi, les ressortissants d’Afghanistan étaient formés dans les pays arabo-musulmans et créaient à leur retour des communautés religieuses illégales, des écoles religieuses spécialisées dans l’enseignement de l’islam radical. Enfin, les étudiants et prédicateurs moyen-orientaux pouvaient y aller et prêcher, et entretenir les nouveaux élèves.
Et peu à peu, tous les leaders islamistes de la région viennent bénéficier de la formation en Afghanistan, et apprendre aussi bien les techniques de guérilla que celles des combats nocturnes en région montagneuses, tout en se voyant fournir des équipements modernes. D’ailleurs, dès 1993, des islamistes ouzbeks retournent dans leur pays pour renverser les autorités locales, considérées comme inadaptées à la gestion de la question religieuse.
2) la régime taliban : un islam politique achevé
En 1996, une fois l’islamisation de la région ancrée et légitimée, les talibans, ceux-là même qui avaient combattu contre les soviétiques et avaient eu l’appui américain, s’emparent du pouvoir en Afghanistan. Et dans la même logique avancée vingt ans plus tôt, c’est un islam politisé qui se fait jour, encadrant la société afghane sous tous ses angles. L’on ne parle pas pour autant de théocratie, les autorités religieuses n’existant pas dans les courants sunnites.
Par conséquent, lorsque ces mêmes talibans sont accusés par les Etats Unis d’être à l’origine des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, et que les autorités américaines décident d’entrer en Afghanistan dans le but d’éradiquer les coupables, c’est une situation extrêmement complexe à laquelle les troupes américaines sont confrontées.
En effet, depuis le départ soviétique en 1989, les talibans, menés par le Mollah Omar, mènent des combats effrénés contre les soldats de l’Alliance Nord du Commandant Ahmed Shah Massoud. À noter d’ailleurs que le Commandant Massoud sera assassiné la veille des attentats du 11 septembre, laissant nombre de suspicions et de suppositions autour de la « coïncidence ».
Puis, en mai 2001, le Mollah Omar, Usama ben Laden (homme alors le plus recherché du monde car suspecté d’être le cerveau de des attentats du 11 septembre) mais aussi Tahir Yuldash Hassan, chef des séparatistes ouïgours, décident de créer le « Livo », un bataillon spécial ayant pour but de renverser les pouvoirs existants en Asie centrale, une fois les troupes de l’Alliance Nord reversée
Et ceux qui furent considérés comme véritables fondateurs du projet, à savoir le Mollah Omar et Ben Laden, sont parvenus à soumettre des bataillons entiers de combattants du Jihad, les envoyer dans les points les plus cruciaux du front, par groupe de soixante, et en faire ainsi des martyrs au service de Dieu. Heureusement, avec l’arrivée des troupes américaines, Livo prend fin, ses leaders étant mondialement recherchés et la plupart des bases de talibans d’Al-Qaida et d’autres courants fondamentalistes ayant été détruites.
Parallèlement, cette intervention extérieure de troupes occidentales permet à de nombreux combattants de se rendre compte du fossé existant entre religion musulmane et islamisme. Pourtant, elle n’aura en aucun cas changé la situation géopolitique locale, ni dissuadé les populations locales d’adhérer aux mouvements extrémistes
D’autant plus que les difficiles conditions socio-économiques propre à la société musulmane afghane, mais aussi à la région plus globalement, l’absence de justice sociale, mécontentement à l’égard des autorités politiques, ont offert un terrain propice aux organisations politico-religieuses existantes.
La société afghane se trouve alors divisée en trois : les nantis, les pauvres et ceux qui sont en voie de paupérisation totale, qui terminent de toute façon tous par se diriger vers l’islamisme radical. D’ailleurs, les quinze saoudiens suspectés d’être les auteurs du 911 étaient issus de famille aisées…
Mais elle se divise aussi en deux depuis l’invasion soviétique jusqu’à la chute des Talibans, une fraction prêtant allégeance aux mouvements de résistance dont la direction était basé au Pakistan ou en Iran, l’autre constituée des milices progouvernementales. Mais parce que les atrocités commises par les chefs de tribus effrayaient la population, celle-ci préféra toutefois se rallier aux talibans, qui parvinrent alors peu à peu à unifier le pays militairement, forçant les chefs locaux à quitter le pays.
Si le problème lié aux chefferies locales aujourd’hui découle presque directement des politiques américaines, il n’en est pas moins vrai que c’est aussi grâce aux Etats Unis que les Talibans furent supprimés. D’ailleurs, un rapport de Human Rights Watch le confirme : « Although the Taliban had effectively unified the military command of most of the country and hereby undermined the country’s endemic military fundamentalism, the United States and others helped to re-establish this system as part of their strategy for removing the Taliban from power”. Ou tout du moins, c’est ce qui est annoncé officiellement car en réalité, les Talibans ont refait surface dès 2002, et ont opté pour une nouvelle stratégie, laquelle consistait alors à se fondre dans la masse, en ne portant pas la barbe traditionnelle, ni le turban. Même si, bien sûr, certains leaders ont été capturé tels que le Mollah Omar, mais la majeure partie vit cachée ou a échappé. Ceci alors que le Président Karzaï mène une politique ambivalente envers les “chefs de guerre”. Ce qui a aidé les fidèles à se reconstituer dans un nouveau mouvement dirigé par Hekmatyar, celui là même sur lequel les différentes factions, à l’exception des Talibans, s’étaient accordé pour le nommer chef de « gouvernement », dont la mission principale est de faire sortir les forces étrangères de leur territoire et pour cela, ils vont jusqu’à menacer les populations de mort s’ils en venaient à coopérer.
Remédier à ce qui est devenu à l’heure actuelle un des principaux facteurs d’insécurité et de déstabilisation mondiale revient plus à faire coïncider les intérêts des collectivités avec les activités politiques et à assurer de nouveau les Droits de l’Homme constitutionnellement, que de réprimer les mouvements islamistes extrémistes et tenter de les supprimer.
3) Ingérence et interconnections régionales
La première et plus grave des ingérences est sans aucun doute celle effectuée par les Américains qui voient dans l’installation de la démocratie la fin du terrorisme, un allié régional capable de miner les puissances russes et chinoises
Il semblerait en outre que les Talibans aient offert leur coopération dès 2001 pour capturer Ben Laden. George Bush aurait refusé catégoriquement. Ceci en plus de l’absence de preuves quant à la culpabilité de Ben Laden.
Malgré la grande détermination des Etats Unis, ils mirent du temps à se décider de contribuer en hommes pour le maintien de l’ordre sur le territoire. Il a donc fallu que l’ISAF devance les américains. Essentiellement constituée de volontaires européens, néozélandais et turques, avec pour objectif principal la sécurité autour de Kaboul, son approvisionnement en hommes est encore insuffisant.
Par conséquent, les Américains, qui en prennent conscience, mettent en œuvre les PRT’s (Provincial Reconstruction Teams), constituée de 200 soldats, d’ingénieurs de personnel médical. Mais ils furent grandement fustigés par les organisations humanitaires qui voyaient leur frontière se troubler face au domaine d’intervention des militaires du PRT’s, le voyant comme une opération parallèle et inutile. A l’heure qu’il est l’ISAF contrôle les PRT’s, et l’OTAN l’ensemble des forces, les forces des Nations Unies ne répondant toujours pas présents.
Face à cette incapacité des forces internationales à gérer la situation afghane, la voie est libre aux interconnections régionales.
Le soutient militaire du Pakistan n’est par exemple pas secret, ni l’apport d’officiers aux Talibans pour se battre à leurs côtés. Le tout avec l’aval de l’ISI (Inter Service Intelligence) qui, parce que désavoué face au gouvernement en place, n’a d’autre choix que de le contourner par cette voix là, la corruption endémique n’améliorant bien sûr pas les données du problème. C’est d’ailleurs ce dernier qui aurait, avec l(appui de la CIA, porté les Talibans au pouvoir en 1996, moyennant millions de dollars et d’armes. L’ISI aurait cependant préféré une marginalisation des durs et les remplacer par les modérés.
Serait-ce aussi pour acquérir une certaine « profondeur stratégique » face au rival indien ? Un moyen de s’assurer un allié face aux méfiances chinoises et russes envers cet Etats nucléaire ? C’est qu’il en ressort tout du moins, le Pakistan s’efforçant de miner les élans nationalistes afghans pour se reposer sur le seul, et pas des moindre, point commun qu’est l’islamisme radical orienté par des Pashtouns.
Or, soutenir les Talibans, c’est empêcher toute aspiration à l’indépendance de pashtouns divisés depuis la création du concept de ligne Durand de 1893 séparant l’Afghanistan de l’Empire des Indes, et s’étendant ainsi à ce qui fut considéré comme extension maximale de l’Empire britannique.
On en arrive à un processus interminable où les Américains somment le Pakistan de filtrer leur frontière occidentale avec l’Afghanistan d’une part, le chef de l’Etat Asif Ali Zardari de contrôler avec plus de poigne l’ISI et une plus grande coopération en matière de lutte anti-terroriste. Mais plus leur intransigeance augmente, plus le Pakistan travaille dans l’arrière-coulisse, plus la situation en Afghanistan s’envenime. Surtout avec les perspectives énergétiques que l’Afghanistan lui offre, à savoir de devenir une plaque tournante des hydrocarbures vers l’Océan indien, notamment via son nouveau port Gwadar.
Pour ce qui est de l’Iran, il s’agit aussi bien d’intérêts énergétiques (devenir lui aussi plaque tournante incontournable de la région), que religieux (éviter les incursions de fondamentalistes sunnites en territoire à 90% chiite) et humain (avec près de 900km de frontières avec l’Afghanistan, les réfugiés affluent massivement, à tel point qu’ils sont aujourd’hui deux millions). En outre, s’il est une chose contre laquelle la théocratie iranienne est farouchement opposée, c’est bien le trafic de drogue et la criminalité qui va avec et refuse donc de devenir carrefour de la drogue. Ce qui semble plutôt justifié, la moitié des crimes étant commis aujourd’hui en Iran sont liés au trafic de drogue.
Quant à la Russie, elle mène la même politique que dans le reste des Ex Républiques soviétiques, se présentant ainsi comme garant de la sécurité pour regagner une influence perdue. En revanche, elle mène aussi une politique très ferme envers l’intégrisme et la drogue. D’où cette volonté de créer un front contre l’intégrisme avec le Turkménistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Surtout qu’une victoire des talibans, c’est un Tadjikistan islamiste, donc un danger pour le territoire russe lui-même. Sauf que ces derniers accordent plus d’importance à leur autonomie et préfèrent alors se tourner vers l’Occident pour ce qui est de la lutte anti-drogue et anti-terrorisme.
Quoiqu’il en soit, s’il est un objectif commun au Pakistan, à l’Iran et à la Russie c’est bien de devenir incontournable en matière d’hydrocarbures et tant que la situation ne se normalisera pas, les luttes d’influence continueront.
BILAN : ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ
A observer l’évolution de la situation afghane depuis la domination soviétique, l’on pourrait opérer à un découpage en quatre phases.
La première serait celle de la résistance de la population afghane au régime communiste. La seconde, celle de la guerre de libération contre l’invasion soviétique. Viennent ensuite la guérilla pendant toute la première moitié de la décennie quatre-vingt-dix, et l’embrigadement sociétal par les Talibans de 1996 à 2001.
Si au départ des soviétiques en 1992 un espoir de paix s’installe timidement, l’opération « enduring freedom » effectuée par les troupes américaines à l’automne 2001 laissent une société encore totalement bouleversée, tant sur le plan institutionnel que moral.
Pourtant, nombreuses furent les conférences et sommets organisés en vue de réinstaurer l’ordre, à commencer par les Accords de Bonn en décembre 2001, qui avait établi un calendrier d‘action, mais aussi la Conférence de Tokyo, de Berlin, ou encore la Constitutionnelle Loya Jirga, autant de réunions qui constituent des étapes importantes dans l’avancée vers la stabilité et la paix
A tel point que lors du premier anniversaire de son arrivée au pouvoir, en 2005, Hamid Karzaï , un pashtoun ayant été consultant des américains pour un gazoduc, énumère dans un discours dix points sur lesquelles les avancées ont été notables. Ainsi, le prestige national restauré, le pays serait redevenu le foyer commun. De la même façon, la reconstruction de l’armée nationale des forces de police, la réhabilitation du service public furent un succès. Ou encore, la réhabilitation d’infrastructures économiques, la revalorisation de l’enseignement et des activités culturelles qui elles aussi permettent d’avoir une perspective peut être plus optimiste de la situation.
Toutefois, l’on ne peut parler de normalisation pour autant puisque à l’époque où fut prononcé ce discours, près de deux millions de réfugiés venaient de revenir dans leur pays, tout en sachant qu’il y avait alors une grande incapacité à rassembler la totalité des déplacées et réfugiés. Le chef de l’Etat semble de plus avoir omis de parler des seigneurs de la guerre, des talibans, de la corruption au sein de l’administration, de la fréquence des crimes, de la grande difficulté à désarmer les forces armées illégales et illégitimes ou encore du manque d’entraînement des forces de l’ordre (si tant est qu’il y en a)
Mais en dépit de ces points noirs, les progrès réels sont incontestables, ce qui expliquerait peut être la réouverture d’ambassades des pays étrangers à Kaboul et le nouveau départ des relations diplomatiques avec l’extérieur. Ainsi de la construction de l’autoroute Kaboul-Kandahar, l’augmentation du nombre d’étudiants, filles comprises, dans les établissements scolaires, les cinquante-cinq mille milices qui se sont rendues dans le cadre du programme DDR (Disarmament, Demobilization and Reintegration) sur initiative japonaise et des Nations Unies, qui viennent corroborer les propos du Président de la République Islamique Afghane. En outre la réintroduction d’une relative liberté d’expression a permis la multiplication des magazines, des stations radios, une nouvelle monnaie a été crée et la politique étrangère a repris sa place dans la sphère politique
Autant d’avancées qui viennent décrédibiliser le rapport de janvier 2003 du Comité international pour le développement du Parlement anglais (« Afghanistan has no institution that work, no legitimate economy, no security and a serious lack of capacity within the government »)
Néanmoins, il reste que les plus grands fléaux de la société afghane n’ont toujours pas été éradiqué justement parce qu’il existe un manque général, manque d’institutions, de formation, d’infrastructures et de coordination.
Un autre grand problème en Afghanistan est la violation des Droits de l’Homme nourrie par le climat général d’insécurité
Parce que dans une grande partie des provinces il n’existe pas de structure gouvernementale, les factions autonomes ont de fait une grande liberté d’action et en profitent pour commettre toute sorte d’abus, du viol, au meurtre, en passant par les séquestrations, la torture ou encore, par les arrestations arbitraires des forces de police.
Quoiqu’il en soit, l’insécurité n’a pas été éradiquée. Médecins Sans Frontières s’est vu forcé de quitter le territoire dû aux attaques incessantes de leurs campements.
Concernant les forces de l’ordre, le plus grand problème est sûrement celui de la désertion ainsi que le témoignait le Daily Telegraph de juin 2005 : « Thousands of soldiers are deserting Afghanistan’s new British and American army, their moral undermined by poor conditions and the threat from the Taliban”.
D’autant que seulement vingt mille soldats sur trente mille afghans servent l’armée de manière effective, les autres étant encore en formation. Or, il faudrait un minimum de soixante-dix mille soldats, ce qui n’est malheureusement envisageable que dans une dizaine d’années. Dans cette perspective, la France, le Royaume Uni et les Etats Unis se sont fixés pour objectif de former l’armée, les allemands la police, mais les salaires étant trop bas, le manque d’équipements, et la limitation du programme à Kaboul et à quelques autres villes, les avancées sont encore très peu visibles.
C’est en fait le résultat direct de la politique menée par le 43e président George W. Bush qui s’est plus concentré sur la guerre contre la terreur que sur le maintient de la paix. Pourtant, comme l’a écrit le poète Iqbal il ya soixante-dix ans de cela :
The continent of Asia is a body of water and clay
The Afghan nation, a heart in that body
Its prosperity leads to prosperity all over Asia
Its disorder brings disorder all over Asia
Quoiqu’il en soit, l’enjeu afghan, aujourd’hui soulève plus d’une problématique, et pas des moindres.
Et pour s’inscrire dans le contexte géopolitique actuel, le dossier pakistanais se présente de manière assez flagrante, comme le plus urgent à traiter. Tout d’abord parce que, étant frontalier de l’Afghanistan, la présence de pashtouns islamisés vivant sous l’égide de la charia, de part et d’autre de ce qui n’est plus qu’une ligne en pointillé, combiné à l’autonomie de la « province du Nord ouest » pakistanaise, cette poudrière présente toutes les caractéristiques d’un imbroglio indémêlable. Surtout lorsque l’on se remémore le grand rôle qu’y joue l’ISI (Inter-Services of Intelligene), services secrets pakistanais, lesquels, après avoir crée de toutes pièces l’acteur taliban, n’a d’autre choix aujourd’hui que de jouer sur tous les tableaux, pour sauver prestige perdu d’une part, en rappelant aux talibans l’importance cruciale de leur collaboration, tout en maintenant leur présence formelle aux côtés du gouvernement de l’autre. Par conséquent, pour faire tomber le château de carte talibano-afghan, il est indispensable, et Obama l’a d’ailleurs déjà compris, de commencer par le Pakistan. Bien que, avec un Président qui lui même ne sait pas où coucher, il n’est même pas certain que ceux qui sont chargés de la question n’y parviennent dans un futur proche.
Tout aussi sensible est le problème de l’Iran qui, parce qu’il a un grand intérêt à entretenir de bonnes relations avec un Pakistan nucléarisé, pouvant dès alors lui fournir le secret nucléaire, et partageant au surplus le caractère islamiste des sociétés afghanes et pakistanaises, travaille à déjouer tous les efforts de la communauté internationale. Ainsi du financement des petites organisations islamistes-fondamentalistes, qui se multiplient à rythme accéléré.
Enfin, il est évident que les enjeux pétroliers de la région ne sont pas sans arranger le problème, source de financements des uns (cellules terroristes), capacité de contrôle, indirect, pour les autres (Etats Unis).
Récapitulatif non exhaustif, c’est certain, mais tout aussi représentatif de l’ampleur des dégâts.
Bibliographie
Ÿ Les islamistes d’Asie Centrale, Un défi aux Etats indépendants ?
Cahiers d’Asie centrale 15/16, IFEAC
Maisonneuve et Larose
Ÿ Islam, Oil, and Geopolitics
Central Asia after September 11th
Elizabeth von Wie David et Rouben Azizan
Ÿ bbcnews, world review
Central Asia deal signed
Friday, 27 december 2002
Ian Mc William
Ÿ « L'Asie centrale, dix ans après les indépendances : quels nouveaux enjeux ? Les exemples du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan »
Rapport du Sénat n°320
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